Hypno-naissance

Il me semble important de resituer le parcours qui m’a amenée à vivre un superbe accouchement, en remontant à mon septième mois de grossesse, et à la série de choix et au processus de préparation qui ont contribué – j’en suis convaincue – à cette belle issue. Jusque six mois de grossesse, l’accouchement me semblait lointain et je n’osais pas me projeter. Les premiers mois avaient été nauséeux, puis avaient suivi une série de contrôles (analyse DPNI, echographies), un peu plus poussés que la normale puisque j’avais entre ma première grossesse et celle-ci fait une fausse couche d’origine génétique. Les contrôles ont montré les uns après les autres que la grossesse se passait bien. Une période un peu plus cool a alors commencé vers le cinquième ou sixième mois, et j'ai vraiment commencé à réfléchir à la manière dont je voulais accoucher deux-trois mois avant la date prévue de mon accouchement.

Pour notre premier enfant j'avais accouché à la clinique avec ma gynécologue et les sages-femmes de la maternité: tout s'était bien passé et j’avais beaucoup apprécié le personnel et la présence de ma gynécologue habituelle, mais j'avais un peu regretté la manière dont mon travail s’était passé: il me semblait qu'un cadre plus tranquille et plus intime, sans rotation d’équipes, et un accompagnement plus personnalisé auraient permis que les choses se passent différemment, de manière moins décousue, plus naturelle, et peut-être même sans péridurale.

Pour ce second accouchement, j’ai donc cherché à être accompagnée par une même sage-femme pendant tout mon travail, à la maison et à la maternité. J'ai pris rendez-vous avec Zwanger in Brussel, car cette équipe de sages-femmes travaille habituellement avec la clinique St Jean, où j’avais prévu d’accoucher. Il y avait par chance encore une possibilité de suivi pour une naissance prévue en mai. Quand j’ai appris que l'une des sages-femmes de l’équipe (Arlind) était formée à l’hypno-naissance et pouvait nous préparer, mon mari (G.) et moi, à la naissance en suivant ces principes et exercices, j’étais très contente, en effet la gynécologue qui avait réalisé mon échographie de contrôle du deuxième trimestre nous avait parlé de cette méthode et ça nous avait beaucoup intéressés. Cette méthode implique beaucoup l’accompagnant de naissance en plus de la future mère, et G. était partant pour s’investir de son mieux!

J’ai démarré le suivi de mes deux mois de grossesse (supposés) restants avec Arlind, Febe et Elke, et annulé, non sans un peu de tristesse, les rdv prévus avec ma gynécologue, tout en espérant qu’elle soit tout de même dans le bloc accouchement le jour où je devrais y aller! C’était un peu audacieux de ma part de vouloir changer si tard un processus qui avait quand même bien marché la première fois, mais je me disais que je regretterais plus tard de ne pas avoir essayé «autrement».

On s’est donc lancés: G. et moi avons commencé à lire la méthode Mongan, et pratiquer – pas très intensivement, mais régulièrement - des exercices de relaxation, avec des textes et des conseils fournis par Arlind.

Au fil des rendez-vous, au cours desquels nous avions le temps de parler et de poser beaucoup de questions, nous avons commencé à imaginer comment nous allions nous organiser quand le travail commencerait: cette fois nous n’étions pas que tous les deux… ayant une petite fille de deux ans, nous avions besoin d’une solution de garde par une personne qu’elle connaisse bien.

Nos familles ne vivant pas en Belgique, il était impossible d’envisager de les appeler au dernier moment pour que quelqu’un vienne s’occuper d’elle. Il était inenvisageable pour nous de la laisser quelques temps dans la famille en France, loin de nous, pendant qu’aurait lieu la naissance de son petit frère. Nous avons donc organisé avec nos mères, ma sœur et un couple d’amis Bruxellois que notre fille apprécie beaucoup, une rotation d’astreintes pendant les deux semaines précédant la date prévue, afin qu’il y ait toujours une personne disponible pour la garder.

L’idée était que je m’isole avec G. pour le début du travail, puis que la sage-femme de garde nous rejoigne, et qu’on parte à la maternité avec elle quand ce serait le moment, après avoir avancé dans le travail aussi sereinement que possible, dans notre univers familier. Nous vivons en appartement au dernier étage d'une maison bruxelloise, sans ascenseur. Notre chambre est à côté de celle de notre fille, au-dessus du salon où logerait ma sœur ou une de nos mères : ce ne serait pas l’idéal pour se sentir isolé…

Par ailleurs, la perspective de descendre 3 étages à pied dans ces moments critiques pour partir à la maternité nous faisait un peu peur… Et puis nous avons réalisé que nous pourrions utiliser pour le travail la chambre de l'appartement du rez-de-chaussée, inoccupé, et que nous avions la chance de pouvoir utiliser: ce serait pratique pour sortir de la maison, et suffisamment isolé. J’y ai descendu ma «valise» et celle du bébé, puis, motivée par l’envie de créer un petit cocon, j’y ai fait le ménage et ai mis de côté des objets et des meubles qui ne me plaisaient pas, en amenant une lampe douce, des petites enceintes pour la musique, des coussins, etc. bref une ambiance zen qui me convenait.

Une chose en entrainant une autre, je me suis projetée dans cette chambre comme si j’allais y accoucher. L'idée d'un trajet vers la clinique, aussi court qu'il soit (nous sommes à 10min de voiture) nous perturbait G. et moi, nous nous disions que ce déplacement serait un moment difficile où beaucoup de choses risquaient de perturber ma détente - si tant est que j’arriverais à me détendre! - la position dans la voiture, la traversée d’endroits publics (parking, rue, couloir de clinique, ascenseur, etc.). Sans oser y croire tout à fait, j'ai fait en sorte d’être équipée en vue de l’éventualité d’un accouchement à domicile. Zwanger in Brussel propose à cet effet un petit kit avec des protections, et pour me mettre à l’aise Elke m’avait dit que je pourrais toujours le rendre s’il ne servait pas.

J'ai perdu les eaux pendant la nuit, à J+1, sans avoir de contractions. J'ai appelé Zwanger in Brussel, et la sage-femme qui m’a répondu était Arlind, elle était de garde pour la nuit et la journée suivante. Elle m'a dit que l'accouchement était pour bientôt et conseillé de dormir tant que c’était possible, afin de ne pas être trop fatiguée quand le travail commencerait vraiment.

Nous avons réussi à nous rendormir malgré l'excitation, et la matinée suivante a passé sans qu’il se passe grand-chose: à peine quelques petites contractions indolores se produisaient de temps en temps. Ma mère a conduit notre fille à la crèche, est revenue à la maison en prenant son temps, G. a trompé l’attente en en me faisant quelques massages «en huit», en me lisant des textes ( la « montgolfière », les « rubans de satin », …), puis en préparant le déjeuner, et pour ma part j’ai passé pas mal de temps à faire des grilles de mots fléchés, et à me mettre de temps en temps à quatre pattes, ou à genoux avec les bras et la tête en appui sur mon ballon, afin d’inciter le bébé à regarder « vers le bas » au cas où il ne le ferait pas spontanément (il avait bien la tête en bas mais tournait encore beaucoup dans les derniers jours).

J’ai envoyé un SMS à Arlind en fin de matinée pour dire que ça n’évoluait pas tellement, elle m'a rassurée en me disant que j'avais encore beaucoup de temps. Elle a proposé de passer me voir vers 15h30, pour voir où ça en était. On n’avait pas contrôlé l’état de mon col pendant les rendez-vous de suivi, ce serait l’occasion… Nous avons déjeuné tranquillement (un grand plat de pâtes) tous les trois, puis je suis descendue avec G. au rez-de-chaussée un peu avant l’heure prévue. Je me suis installée sur le lit avec les mots fléchés, et G. s’est assis dans la pièce à côté avec un livre.

Au moment exact où j’ai entendu la sonnette de la porte annoncer l’arrivée d’Arlind, j'ai senti une contraction forte. Comptant sur G. pour aller ouvrir la porte je suis allée m’appuyer sur mon ballon, à genoux par terre. La contraction était franchement intense, et ne s’arrêtait pas. Quand Arlind, Amanda (la stagiaire sage-femme) et G. m’ont rejointe dans la chambre, aucun d'entre eux ne s’attendait à me trouver dans cet inconfort soudain, alors que tout était si calme jusqu’alors.

D'autres contractions du même ordre ont suivi, à peu près toutes les 2 minutes. Je pouvais à peine raconter à Arlind le déroulé de la journée, G. s’en est chargé, tout en me répétant doucement de bien souffler.

Le travail était en train de se mettre en route, mais selon Arlind il se pouvait que ça prenne du temps, et compte tenu du fait que 12h s’étaient écoulées depuis que j’avais perdu les eaux, et qu’il faut en principe accoucher dans les 24h, elle voulait appeler la maternité pour demander si je pourrais passer la nuit à venir chez moi.

Pour ma part je trouvais mes contractions déjà très intenses et en entendant évoquer « la nuit prochaine », je ne voyais pas comment je pourrais supporter une telle intensité jusque là... Je ne me voyais pas non plus faire un trajet en voiture en ressentant de telles contractions ! G. m’a dit après coup qu’il avait eu les mêmes appréhensions.

Arlind a sorti le matériel pour écouter le cœur du bébé – c’était possible entre deux contractions, et de fait il allait très bien - elle était prête à contrôler mon col dès qu’un moment de répit se présenterait pour que je prenne une position plus pratique pour l’examen. En attendant il n’était pas question pour moi de quitter mon ballon: il fallait que je gère ces grosses vagues avant tout! Arlind et G. m’aidaient à bien respirer, pendant qu’Amanda assistait à l’attente, un peu plus en retrait.

A un moment, j'ai eu envie d’aller m'enfouir la tête dans un gros coussin sur le lit plutôt que sur le ballon. Il n’y avait qu’un mètre à faire mais ce n’était pas évident du tout: je devais bouger sans me faire mal et assez rapidement pour ajuster ma nouvelle position en vue de la contraction suivante, qui s’annonçait déjà. J’opérai le déplacement en réclamant de l’aide pour caler mes genoux par terre, et on s'empressa d'ajuster les coussins et le tapis de yoga pour les empêcher de glisser sur le plancher. Un instant plus tard, SURPRISE, je sentais l'envie de pousser… et bien sûr l’annonçais à mes compagnons d’accouchement.

Lors de mon premier accouchement, à cause de la péridurale je n'avais pas du tout ressenti ce besoin, j’avais poussé très fort quand on m’avait dit qu’il fallait le faire. Là c’était mon corps qui me l’ordonnait! J’étais donc agréablement surprise, et en même temps submergée par l’intensité de la contraction et la douleur. Comme cela faisait à peine vingt minutes que les contractions avaient commencé, ça paraissait très rapide...

Arlind, qui n’avait toujours pas eu l’occasion de contrôler de visu où on en était, m'a rassurée en me disant qu'elle allait bien rester là avec moi (et ne pas repartir pour revenir plus tard, comme c’était l’idée initiale). Je crois qu’elle m’a dit que je pouvais pousser si j’en ressentais le besoin. J'ai poussé dans un spasme, puis de nouveau à la contraction suivante. J’ai clairement senti la tête du bébé s’engager, avancer dans ce passage étroit, c’était inouï, très intense. J'ai dit entre deux plaintes que je sentais le bébé progresser... Arlind a retiré mon legging, et a pu constater (enfin !) que le bébé arrivait. Elle a demandé à Amanda d'aller vite chercher leur mallette d’accouchement dans la voiture, et a téléphoné à Febe, la seconde sage-femme qui devait être là pour un accouchement à domicile, pour qu’elle nous rejoigne dès que possible.

La tête dans mon coussin, les mains de mon homme dans mon dos et sa voix dans mon oreille qui murmurait des encouragements et des conseils, je ne suivais plus les mouvements qui avaient lieu autour de moi. Je réclamai à boire (j’étais assoiffée), quelqu'un me tendit un verre d'eau, et continuais à pousser – ou plutôt "souffler vers le bas" comme appris en hypno-naissance – au gré des contractions. Quelques minutes de poussées-souffle plus tard, mon petit garçon naissait le plus naturellement du monde. Je ne pouvais pas libérer mes mains (qui me soutenaient) pour le prendre directement, et son papa n’a pas osé cesser de me masser le bas du dos pendant ce dernier effort, c’est donc Arlind qui l’a pris dans ses mains. Il a fait entendre sa voix, sans crier, il allait très bien.

Wow !

Il me semble qu’à peine redressée, avant même que l’on m’aide à me coucher sur le lit et que l’on dépose mon petit garçon sur moi, j’ai demandé quelle heure il était, pour vérifier que mon impression que tout s’était passé en un éclair était bien réelle. Je n’avais pas rêvé, L. était né en trois quarts d’heure, à la maison comme on en rêvait, je n’en revenais pas.

Je ne me suis pas sentie apaisée de suite: il a fallu une grosse demi-heure, ou peut-être une heure avant que mon corps commence à se détendre. C’est la seule phase de la naissance que je n’ai pas préférée à mon premier accouchement où, anesthésiée, j’avais pu profiter de l’émerveillement de ce premier contact avec notre fille posée sur moi, prêtant à peine attention à la « délivrance » et aux points de suture.

Là, allongée sur le lit avec le bébé en peau à peau, j‘étais abasourdie par ce qui venait d’arriver et restais concentrée sur mes sensations physiques. Les contractions continuaient, le placenta devait encore sortir et il fallait encore un peu pousser. Les contractions ont continué encore un moment après ça, moins fortes mais bientôt provoquées par les premières stimulations du mamelon par le bébé. Entre temps, les sages-femmes ont contrôlé mon périnée: il y avait une déchirure mais on pouvait se passer de suturer. J'ai retrouvé le calme petit à petit.

J’ai mis du temps à réaliser que ce qu’on avait accompli. Je suis très heureuse d’avoir vécu cette incroyable et magnifique expérience et d’avoir donné naissance à mon enfant à la maison, entourée de personnes de confiance. C’était d’ailleurs très chouette que notre fille puisse venir voir son petit frère directement en rentrant de la crèche, un très beau moment.

J’ai eu beaucoup de chance d’avoir un entourage aussi fiable et compétent autour de moi pour cet événement exceptionnel: G., bien que très occupé pendant les mois précédent l’accouchement (entre un regain de travail et notre aînée dont il fallait s’occuper davantage car je ne pouvais plus participer autant) a adhéré à mon projet de naissance, m’a soutenue et accompagnée aux rendez-vous de préparation en hypno-naissance, s’est plongé dans la méthode Mongan, et entraîné à me réciter des scripts de relaxation. Par ailleurs l’équipe des sages-femmes a été formidable: je n’aurais sans doute pas réussi à me projeter (même sans y croire tout à fait) dans un accouchement à domicile si j’avais ressenti le moindre doute sur leur compétence et leur expérience pour m’assister dans cette aventure. Je me suis très vite sentie en confiance avec elles, en particulier avec Arlind, avec qui j’ai fait l’essentiel de la préparation.

Je me doutais que le corps féminin pouvait donner naissance sans être aidé médicalement. J’avais lu des témoignages d’accouchements sereins et visionné des vidéos sur internet, mais ne connaissais personnellement aucune femme ayant accouché hors de l’hôpital et très peu (à part nos mères, tantes, grand-mères, et quelques connaissance…) sans péridurale. Le fait d’avoir déjà vécu un accouchement qui s’était bien passé, et le suivi de ma grossesse qui ne montrait aucun problème spécifique, m’ont permis d’imaginer que c’était quelque chose de possible.

Je crois qu’outre la chance que rien ne soit venu se mettre en travers de cette belle naissance, notre préparation à G. et moi avec les sages-femmes a été déterminante. En posant toutes les questions qui me passaient par la tête j’ai pu rationnaliser mes craintes initiales.

Rétrospectivement je ne suis pas très étonnée que mes contractions aient commencé pile au moment où la team de rêve se trouvait réunie, dans le cocon que j’avais préparé pour accoucher.

Les sages-femmes de Zwanger in Brussel forment une super équipe. Alors que j’osais à peine formuler ce rêve, elles avaient toutes deviné qu’il y avait des chances que j’accouche à la maison, quand je leur avais parlé de cette pièce que j’avais aménagée avec soin exprès pour le travail. J’ai beaucoup de chance de les avoir eues à mes côtés, avant, pendant, et après l’accouchement pour le suivi post-partum.